Page 17 - Claire-de-Chavagnac-Brugnon
P. 17

 La surface de la toile, combinée à l’épaisseur de la matière picturale révélée par ces « lignes de rupture » qui en constituent la trame, traduisent l’étendue d’un paysage dont l’expérience de la traversée nous ramène à un en-deçà de l’image, à sa condition nécessaire : celle, selon Paul Klee, d’un dialogue avec la nature, non plus avec la nature naturante, mais avec la nature palpitante1, pour voir selon le monde et avec lui.2
1 « Tout d’abord, l’artiste n’accorde pas aux apparences de la nature la même importance contraignante que ses nombreux détracteurs réalistes. Il ne s’y sent pas tellement assujetti, les formes arrêtées ne représentant pas à ses yeux l’essence du processus créateur dans la nature. La nature naturante lui importe davantage que la nature naturée. » Paul Klee, Théorie de l’art moderne, Ed. Denoël, Coll. Folio Essais, Paris, 1985, p.28.
2 « Je serais bien en peine de dire où est le tableau que je regarde. Car je ne le regarde pas en son lieu, mon regard erre en lui comme dans les nimbes de l’Etre, je vois selon ou avec lui plutôt que je ne le vois. » Maurice Merleau-Ponty, L’œil et l’esprit, Ed. Gallimard, Coll. Folio Essais, Paris, 1964, p.23.
Brume au Grand Rocher, 2018 Pigments et liant sur toile 89 x 116 cm
15.






























































































   15   16   17   18   19