Page 6 - Claire-de-Chavagnac-Brugnon
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Les mots de l’artiste
Mon travail trouve sa source dans ma relation au monde avec pour préoccupation d’en organiser la trace mémorielle et sensorielle. D’abord retenir des fragments du temps, garder la conscience de leur écoulement, voyager dans la mémoire des espaces traversés. Ensuite transcrire au moyen de signes simples et vibrants.
La découverte du travail de Claude Lagoutte, son rapport au paysage, aux voyages comme apprentissage furent un écho à mes préoccupations, mon mode de recherche. Retenir, trier, organiser, transcender. Trouver la trame, la respiration - rapidement dans les carnets telles des gammes, après une lente introspection sur la toile - constitue le corps de mon action. Garder la trace d’un espace singulier et sensible nécessite souvent maturation et nombreuses recherches avant l’élaboration de l’œuvre aux moyens de gestes simples . Simon Hantaï et Pierre Soulages dans la sobriété de leur pratique, Agnès Martin au travail sensible d’une rigoureuse discrétion, Robert Motherwell des années 70, Mark Rothko, ou encore Peter Zumthor dans son travail photographique, Sam Francis - l’écart de ses aquarelles, le travail du vide - et tant d’autres m’ont nourrie à différents niveaux de mes réflexions.
Petit à petit mes besoins de découvertes et de déambulations se sont déplacés vers les espaces libres, comme les déserts ou les côtes bretonnes, ouverts à la respiration et aux sons qui libèrent la pensée. Le signe s’est simplifié, le geste s’est fait plus économe sans perdre son amplitude, la couleur plus sobre. Jean Degottex, dont j’admire l’efficacité et la sobriété des dernières œuvres sur matériaux dits pauvres, écrit : « Du signe, je suis passé à l’écriture, de l’écriture à la ligne d’écriture et de la ligne d’écriture à la ligne ». Il s’est opéré quelque chose de cet ordre dans mon travail ces dernières années avec la simplification du geste, le signe souvent réduit à la ligne ou aux suites de traits verticaux, pour saisir le temps dans une pratique de plus en plus épurée.
Dans la soustraction des informations je recherche la vie à travers un médiateur discret, en résonance aux expériences du vécu. L’espacement des éléments de construction, un décalage sur la ligne, une simple irrégularité de surface suffisent souvent à faire naître la vibration qui va modifier l’ensemble et lui donner vie. Les « Déserts blancs », les « Terres rouges » et « Lacs salés » du Walpiri County à mon retour d’Australie ont ouvert de nouvelles voies pour traduire la lumière naissante sur l'immensité de l'espace à peine troublé à l'horizon par quelques reliefs de roches rouges, les rayons du soleil rasant l'extrémité des hautes herbes tapissant le sol à perte de vue ou la profondeur des canyons rouges. La succession des traits horizontaux, l'espace entre les lignes, les couleurs alternées traduisent au plus simple l'immensité de la quasi nudité de l'espace, les légères vibrations sous le soleil.
La série des « Brumes » sur la mer bretonne de l’été 2018 s’est nourrie de mes expériences « australiennes » pour avancer dans la sobriété. Exprimer, faire ressentir la lumière du ciel sous la




























































































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